LA STRATÉGIE DE LA CFDT SUR LA RÉFORME DE LA FONCTION PUBLIQUE FAIT JASER

Dans le cadre du processus de consultation sur le projet de loi de réforme de la fonction publique, la stratégie de la CFDT, seule organisation à avoir siégé dans les instances, fait parler d’elle dans le milieu syndical. Les spéculations vont même bon train sur un potentiel accord entre cette dernière et le gouvernement pour un ajustement du texte. Ce que la CFDT réfute.

Des critiques et des interrogations. Au sein du milieu syndical du secteur public, la stratégie de la CFDT vis-à-vis du projet de loi de réforme de la fonction publique fait débat. En cause notamment, sa décision de siéger dans l’ensemble des instances de consultation sur ce projet de texte. Cette organisation syndicale est en effet la seule à ne pas avoir boycotté les conseils supérieurs de chacun des versants et le Conseil commun de la fonction publique, au cours desquels devait être examiné le projet de loi. Des réunions qui n’ont pas pu se tenir, faute de quorum, et qui sont donc reconvoquées la semaine prochaine. Même l’Unsa, considérée comme réformiste, les a boycottées.

“Chaque organisation syndicale est libre de ses choix et de sa stratégie, mais nous avons du mal à comprendre la stratégie de la CFDT, qui continue à croire à de possibles aménagements du texte et qui n’hésite pas à nous reprocher de bloquer les débats à cause de nos boycotts”, explique un représentant du personnel.

Spéculations sur un possible accord avec l’exécutif

Certains n’hésitent pas non plus à spéculer sur le fondement de la stratégie de la CFDT et imaginent même de possibles accords entre cette organisation syndicale et le gouvernement sur le projet de loi. “Nous nous demandons bien sûr si des contacts ont pu être pris entre le cabinet du secrétaire d’État Olivier Dussopt et la CFDT sur de possibles aménagements du texte”, souffle-t-on dans les rangs.

“Difficile de penser à autre chose quand on voit qu’elle continue à siéger jusqu’au bout et que le gouvernement met en avant le fait que l’allongement des délais d’amendement a été obtenu à la demande de la CFDT, abonde-t-on. Bien sûr, ils sont les seuls à exposer au gouvernement cette demande puisqu’ils sont présents aux réunions, mais cette demande d’allongement de la concertation était réclamée par l’ensemble des organisations syndicales depuis le début et même par les employeurs territoriaux.” Et d’ajouter que la CFDT “ne peut en aucun cas communiquer et dire que cet allongement est de leur seul fait”.

Du côté de la CFDT, on réfute énergiquement tout potentiel accord avec le gouvernement. “La théorie du complot, ça suffit !”tonne sa secrétaire générale, Mylène Jacquot. “Si les autres organisations syndicales sont mécontentes, elles n’avaient qu’à venir dans les instances pour voir les amendements que nous avons déposés sur le texte et notre volonté de défendre et d’améliorer les droits des agents publics. On peut toujours proposer tout en s’opposant”, ajoute-t-elle.

Avis global sur le projet de loi

Reste maintenant à savoir si la stratégie de la CFDT portera ses fruits et si certains de ses amendements au projet de loi seront approuvés par le gouvernement lors des reconvocations des instances de consultation. L’organisation syndicale reste en tout cas déterminée à défendre ses amendements. “Mais si elle n’obtient rien, elle risque de se singulariser et d’être isolée au sein de l’intersyndicale”, souligne un représentant du personnel, qui rappelle le cas récent de Force ouvrière (FO). Cette centrale syndicale, à la stratégie opposée à celle de la CFDT, n’en adoptait pas moins une position isolationniste qui la conduisait à rester en marge de l’intersyndicale. Mais en février, FO a fini par revenir dans les rangs syndicaux…

Au-delà de potentiels ajustements du projet de loi, la véritable question sera de savoir quel avis la CFDT donnera in fine sur l’ensemble du texte. Ce qui interviendra à l’issue de l’examen des amendements. Pour l’instant, elle n’a pas arrêté sa position.“On continue de discuter en interne », explique Mylène Jacquot. “Si la CFDT émet un avis favorable sur le texte en raison de certaines dispositions qui lui conviennent, nous ne manquerons pas de lui faire remarquer les dangers que présente globalement le projet de loi pour les agents et pour les usagers, prévient-on au sein de l’intersyndicale. Chacun devra prendre ses responsabilités.”

Avant d’en arriver là, les représentants du personnel auront l’occasion de débattre de l’avis qu’ils pourraient donner sur le projet et certainement de la stratégie de la CFDT lors de la réunion de l’intersyndicale prévue le 13 mars au siège de la CGT. Invitée, la CFDT n’a, pour le moment, pas décidé si elle s’y rendra ou non. “Si la CFDT vient, nous ne manquerons pas de nous dire les choses, mais je ne pense pas que cette réunion soit extrêmement agitée, quoique…” ironise-t-on au sein de l’intersyndicale.

Les syndicats pratiquant la chaise vide sont privés de documents

Selon nos échos, la direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) a refusé de transmettre les documents présentés mi-février lors des réunions dites techniques sur le projet de loi aux syndicats qui ont décidé de les boycotter (CGT, FO, Solidaires). Une décision qui, selon les représentants du personnel, a été initiée directement par le cabinet du secrétaire d’État Olivier Dussopt. “Cela n’a aucun intérêt, à part de crisper encore plus les organisations syndicales”, explique un leader syndical, qui n’hésite pas à voir dans cette mesure une “revanche” du gouvernement Philippe suite à la politique de la chaise vide pratiquée par certaines organisations syndicales ou encore au refus de certaines de ne pas signer le protocole d’accord sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.

8 MARS 2019, PAR BASTIEN SCORDIA

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