LES SYNDICATS APPELLENT À LA GRÈVE LE 9 MAI CONTRE LA RÉFORME DE LA FONCTION PUBLIQUE

Las de ne pas être entendus depuis plus d’un an par le gouvernement, 7 des 9 syndicats du secteur public ont lancé, mercredi 20 mars, un appel à l’action pour le 9 mai. Des rassemblements sont aussi prévus le 27 mars, jour prévu de la présentation en Conseil des ministres du projet de loi de réforme de la fonction publique. La grogne monte encore d’un cran dans le secteur public.

L’idée est dans les tuyaux depuis plusieurs semaines, la voici confirmée. Compte tenu de la “détermination à passer en force”sur le projet de loi de réforme de la fonction publique et de la non prise en compte perpétuelle de leurs revendications, 7 des 9 syndicats de fonctionnaires ont appelé, mercredi 20 mars, à une journée de grève et d’actions le 9 mai prochain. Une initiative à l’appel de la CGT, de l’Unsa, de la FSU, de Solidaires, de la FA-FP, de la CFE-CGC et de la CFTC. Les deux autres organisations syndicales du secteur public, en l’occurrence la CFDT et FO, réuniront prochainement leurs instances pour arrêter leur position.L’objectif des signataires de l’appel à la mobilisation : inscrire “dans la durée” le processus de mobilisation pour “exiger du gouvernement qu’il retire ce projet de loi et qu’il ouvre enfin des négociations sur de nouvelles bases”.

Ce 20 mars, leurs représentants ont également confirmé leur “engagement” dans l’organisation de rassemblements “devant les préfectures” et à Paris le mercredi 27 mars, jour prévu de la présentation du projet de loi en Conseil des ministres. “Il n’y a pas de date confirmée” pour la présentation du projet de loi, répond-on cependant dans l’entourage du secrétaire d’État auprès du ministre de l’Action et des Comptes publics, Olivier Dussopt.

Texte “arbitré d’avance”

“Le texte est d’une telle gravité qu’il est nécessaire d’appeler les agents publics à l’action”, a expliqué lors d’une conférence de presse Bernadette Groison, de la FSU, en regrettant une nouvelle fois que les revendications syndicales n’aient pas été prises en compte par le gouvernement lors des consultations sur le projet de loi. Depuis le lancement du chantier de la réforme de la fonction publique, en février 2018, le gouvernement “nous a baladés, ajoute-t-elle. Il nous a fait perdre beaucoup de temps sur un projet qui était arbitré d’avance”.

Malgré le boycott des conseils supérieurs des trois versants et du conseil commun le 15 mars, l’exécutif a en effet seulement accepté d’aménager à la marge son projet de réforme lors de la reconvocation de ces instances. La philosophie globale du texte est restée la même, à savoir la révision du périmètre et des missions des instances de dialogue social, le recours accru aux contractuels ou le développement de l’accompagnement des agents dans le cadre des restructurations.

“Nous avons épuisé toutes les possibilités de dialogue social avec ce gouvernement, il faut désormais tout faire pour accentuer le rapport de force”, estime Jean-Marc Canon, de la CGT. “Il faut faire prendre conscience aux agents et aux usagers des dangers que représente ce texte”, abonde Nathalie Makarski, de la CFE-CGC, rejointe par Christian Cumin, de la CFTC, qui qualifie le projet de loi d’“assassin”.

“Si le gouvernement n’entend pas les représentants du personnel que nous sommes, nous irons vers des conflits et de véritables problèmes d’organisation”, ajoute de son côté Luc Farré, de l’Unsa, selon qui les dispositions du projet de loi “pourraient conduire à une fonction publique sans statut et à terme, à une remise en cause de la protection des agents”. Ce dernier déplore par ailleurs la présence dans le projet de texte de dispositions “jamais évoquées jusqu’alors”, comme la mise en place d’un dispositif de rupture conventionnelle pour les contractuels et fonctionnaires ou encore le détachement d’office en cas de privatisation ou d’externalisation d’un service public.

Convergence des luttes

Sans surprise, les organisations syndicales entendent aussi capitaliser sur la contestation ambiante dans le secteur public pour mobiliser le plus largement possible le 9 mai. Huit mois après le début de la crise des “gilets jaunes”, des signaux de grogne apparaissent en effet de manière assez nette dans la fonction publique. Le 19 mars notamment, 23,84 % des enseignants du premier degré étaient en grève. Une mobilisation qui s’ajoute à d’autres apparues ces dernières semaines dans les douanes, les prisons et les administrations des finances publiques.

“Les luttes actuelles ont des causes transversales […], le gouvernement travaille lui-même à cette convergence des luttes”,estime Jean-Marc Canon, de la CGT. “Les contestations ne peuvent que converger, compte tenu des attaques menées sans relâche par le gouvernement contre la fonction publique et les services publics”, ajoute Gaëlle Martinez, de Solidaires qui, “face à la casse en marche du service public”, invite “à ne rien lâcher”.

Malgré la volonté du gouvernement de faire adopter son projet de loi d’ici l’été, les représentants du personnel comptent bien maintenir la pression, y compris en aval de la journée du 9 mai, sur l’exécutif, mais aussi sur les parlementaires. Et ce d’autant plus que “les députés de la majorité risquent de durcir encore un peu plus ce projet de loi dévastateur pour les agents, mais aussi pour le service public, qui remet en cause des pans entiers de notre statut”, redoute Pascal Kessler, de la FA-FP. Un leader syndical envisage même que la majorité de droite au Sénat puisse “être beaucoup moins libérale sur ce texte”. “Un comble”, ironise-t-il.

20 MARS 2019, PAR BASTIEN SCORDIA

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