CORONAVIRUS : CES AGENTS SUR LE FRONT, HÉROS MALGRÉ EUX

Policiers municipaux, éboueurs, Atsem, personnel des Ehpad, travailleurs sociaux… ces agents assurent des missions prioritaires au fonctionnement de la société, quand une grande partie de la population doit, elle, rester confinée chez elle. Ce n’est pas sans de fortes inquiétudes que ces agents territoriaux bravent tous les jours le coronavirus.

Les Atsem, animateurs, ATT, agents d’entretien…

Aux côtés d’enseignants volontaires, des Atsem, des animateurs, des agents d’entretien doivent continuer à tenir leurs postes dans les écoles, collèges et lycées pour encadrer les enfants du personnel soignant, assurer le service de restauration et le temps périscolaire. Agent technique territorial (ATT) dans un collège à Grenoble, Jean-Louis Tour est fidèle à son poste : « Lorsqu’on embrasse la carrière d’agent public, on a à l’esprit, le souci de servir les habitants ». À la différence des Atsem dans les écoles, l’ATT ne se trouve pas en contact avec les enfants. Et si Jean-Louis a renoncé aux transports en commun « pour éviter les contacts », tous ne peuvent pas en faire autant.

Lorsque ces agents sont volontaires, c’est leur entourage qui freine des quatre fers…

« Mes collègues sont très inquiètes » confie une Atsem grenobloise. Confinée à la maison, elle se tient informée du moral des troupes, visiblement pas rassurées, en dépit des consignes et des protocoles mis en place par l’employeur. Mais elle trouve certaines situations inadmissibles : « Elles sont sans cesse sur le qui-vive, témoigne cette agente, réfléchissant à leurs gestes à chaque instant, et sans avoir ni masques, ni gant, ni de gel hydroalcoolique ! ». Pour les gants et le gel, un lavage de mains régulier est certes tout aussi efficace. L’usage du masque n’est pas indispensable, quand les distances sont respectées, ce qui est parfois difficile, en pratique, quand on s’occupe de jeunes enfants… Et lorsque ces agents sont volontaires, c’est leur entourage qui freine des quatre fers. « L’une de mes collègues Atsem ne sait pas quoi faire, elle a été rappelée pour les 15 prochains jours, mais son mari ne peut pas qu’elle y aille ».

Les policiers municipaux

Pour faire appliquer les règles de sortie, les policiers municipaux sont eux aussi à pied d’œuvre depuis le début du confinement. À Nice, les agents dans les bureaux ont même été réaffectés sur la mission prioritaire du moment : le contrôle des attestations de travail et des autorisations de déplacement. Cependant, les policiers municipaux disposent rarement de masque, et ont, selon les territoires, plus ou moins de gants ou de gel hydroalcoolique sous la main. « Oui nous sommes tous conscients qu’il y a une possibilité de se faire infecter en faisant un contrôle. Il y a des contrôles où on peut aménager une zone de sécurité… mais ce n’est pas toujours possible ! » témoigne un policier municipal niçois.

À Nice, les agents dans les bureaux ont même été réaffectés sur la mission prioritaire du moment

Lors de la deuxième semaine de confinement, ce dernier observe que le service fonctionnait encore « au complet ». Une assiduité qui n’a rien d’étonnant. Et le policier de lancer : « Vous savez, les policiers municipaux ont conscience d’être une pièce importante dans cette situation et je ne crois pas qu’il y en ait beaucoup qui souhaitent se dérober à leurs obligations ».

Les éboueurs

Le ramassage des déchets fait partie des services indispensables pour le maintien de la salubrité des rues. « La collectivité a demandé que le service tourne exactement comme s’il n’y avait pas de crise » rapporte Christophe Corréard, responsable d’un secteur de collecte de la métropole grenobloise. Bien sûr, au vu de la situation exceptionnelle, le service s’opère différemment. « Le but du jeu, c’est de réduire les jours de collecte pour être plus confinés chez nous, et qu’on évite de venir tous les jours au travail, mais qu’on effectue à 100 % le service » renchérit ce responsable.

En dépit du risque encouru, très peu d’agents manquent à l’appel

Dans les locaux, les équipes ne se croisent plus. En dépit du risque encouru, très peu d’agents manquent à l’appel. « On n’a pas le choix. Si un agent n’est pas bien, il va chez le médecin. Et on pourra faire appel à des agents en vacances si besoin ». Chez les éboueurs, les gants en latex ont été obtenus, ainsi que des lingettes, mais les masques manquent souvent à l’appel.

Les travailleurs sociaux

La période du confinement donne aussi bien du fil à retordre aux éducateurs spécialisés dans les maisons d’enfants à caractère social, des structures recevant des enfants des mineurs isolés, adolescents victimes de maltraitance, et violence familiale. Évidemment, étant donné les difficultés familiales, et les mesures judiciaires, il n’était pas envisageable que la plupart de ces enfants retournent dans leur famille pendant le confinement. Pour Jamal Benkader, éducateur aux Tisserands, il n’est pas question une minute d’abandonner ces adolescents déjà bien en souffrance. « On se doit d’être là pour eux ! » lance-t-il.

Une villa à 8 km d’ici servira de lieu de confinement… La question que tout le monde se pose est : « qui va aller les garder ? »

Les éducateurs spécialisés sont jusqu’ici en nombre encore suffisants pour faire fonctionner la structure. Après avoir tapé du poing sur la table, ils ont pu obtenir de l’État que leurs enfants puissent être accueillis dans les écoles. « On a des masques, des gants, du gel hydroalcoolique, on est plutôt bien loti mais on économise les masques lorsque les enfants seront malades ».  Quand il rentre chez lui, Jamal Benkader file à la salle de bains prendre une douche pour éviter tout risque de propager le virus dans sa famille. « On a prévu le jour où on va avoir des cas dans l’établissement. Une villa à 8 kilomètres d’ici servira de lieu de confinement… La question que tout le monde se pose est : « qui va aller les garder ? » ». Cette perspective n’est pas inéluctable, car les facteurs de risque de contracter le virus se multiplient, le Covid-19 se déclare ici et là dans l’entourage proche des éducateurs. En outre, trois semaines après le début du confinement, des enfants vont regagner le foyer, la situation n’était plus tenable dans leurs familles.

Les agents dans les Ehpad

« Depuis l’épidémie du Covid-19, on travaille à 200 % pour établir les protocoles, gérer le quotidien et la nouvelle organisation pour tenir face à cette crise » déclare Véronique Chizelle, directrice de l’Ehpad municipal de Pont-de-Claix. La mise à l’isolement des résidents a été dure à faire admettre par les familles. « J’ai eu des familles en pleurs, et les agents se sont eux aussi sentis désemparés » souligne Véronique Chizelle. Outre son travail quotidien, le personnel veille plus que de coutume au moral des résidents, tout en passant énormément de temps à faire respecter le confinement aux résidents, dont 90 % ont des troubles cognitifs.

On passe énormément de temps à faire respecter le confinement aux résidents, dont 90 % ont des troubles cognitifs

« On est tous différents face à cette situation, observe la directrice, j’ai des agents qui sont toujours à leurs postes, et d’autres qui sont terrorisés, eux ou leurs familles, et sont donc en arrêt maladie. C’est mieux ainsi que de travailler la peur au ventre ». Pour maintenir ses effectifs plus ou moins au complet, la directrice a aménagé les temps de travail pour qu’untel récupère ses enfants à la crèche, untel puisse prendre les transports en commun dont l’amplitude horaire a été réduite. Elle a aussi prévu une réserve d’intérimaires, et envisage de faire appel à du personnel communal, si besoin.

21/04/2020
par Séverine Cattiaux , Journaliste
lettreducadre.fr