LA CRISE DU COVID A RENFORCÉ LES LIENS ENTRE LA COMMUNICATION INTERNE ET LES SYNDICATS

Pendant la crise sanitaire, les agents de la FPT ont assuré la continuité des services publics vitaux. Les employeurs publics doivent maintenant « faire ressortir le meilleur de cette épreuve » et garder le lien managérial avec les agents et les organisations syndicales, comme l’a montré le colloque de l’Association des DRH des grandes collectivités, le 2 octobre 2020.

La crise sanitaire doit conduire à « réinterroger les politiques salariales à l’aune de leur utilité pour notre société et donc de la valeur que nous accordons à tout travail méritant un juste salaire », estiment Johan Theuret et Aude Fournier, respectivement président et vice-présidente de l’Association des DRH des grandes collectivités dans les actes du colloque à distance que l’association a organisé le 2 octobre, sur le thème : « Comment la Covid-19 fait muter la fonction RH ? »

En effet, pendant le confinement, 500 000 fonctionnaires territoriaux ont assuré la continuité de services publics locaux vitaux, « en retrait des campagnes médiatiques et des applaudissements quotidiens ». Or, ces « invisibles » qui semblent aujourd’hui « réellement utiles à la nation » sont souvent en bas des échelles statutaires et salariales. Le statut de la fonction publique qui peut apparaître « suranné » à certains permet aux employeurs publics « d’assurer le niveau de services requis, sans risquer de droit de retrait ». Johan Theuret et Aude Fournier pensent qu’il conviendrait donc de ne plus considérer le service public et ses agents comme un coût, « pour y voir plutôt une protection de notre modèle social ». Les employeurs ont désormais la responsabilité d’assurer « un retour à la normale qui fasse ressortir le meilleur de cette épreuve ». Un défi managérial qui a « remis en lumière l’importance de la cohésion, des solidarités et de la nécessité de garder le lien ».

Par exemple, la situation engendrée par le Covid a révélé des relations entre DRH, DGS, cabinet, managers, représentants du personnel, ainsi qu’entre les managers et les agents et elle a montré qu’en fonction des collectivités et des organisations représentatives, les relations pouvaient être différentes. Pendant la crise, les collectivités ont en partie maintenu et renforcé le lien avec les organisations syndicales, pour informer les agents. Ainsi, à la métropole de Lyon, la communication avec les organisations syndicales est assez régulière en temps normal, avec des liens assez rapprochés : la communication comporte souvent un message spécial pour la vie managériale, un autre pour les organisations syndicales et un pour les agents. Mais pendant le Covid, quinze visioconférences ont été organisées entre les représentants du personnel et la direction des ressources humaines, a précisé la DRH de la métropole lyonnaise, Lise Fournot-Bogey. Au départ, des réunions ont été organisées toutes les semaines uniquement avec les secrétaires généraux des organisations syndicales – la métropole en compte dix dans la FPT et quatre de plus dans la FPH -, puis ensuite avec les instances elles-mêmes pour partager très régulièrement l’information. « En effet, DRH et syndicats avaient un objectif commun de protection des salariés et les messages des syndicats nous ont permis de réagir assez rapidement dans certains cas », a constaté Lise Fournot-Bogey.

Selon Bruno Collignon, sapeur-pompier et ancien président d’une organisation syndicale représentative, il est possible que la situation du premier semestre, avec le Covid, ait été révélatrice de la politique interne que la collectivité avait conduite auparavant. Par exemple, « communiquer et jouer la solidarité à fond » en période de Covid est beaucoup plus facile que dans les secteurs où tout à coup l’assemblée délibérante décide d’y associer les agents.

Une période de crise comme celle du Covid a permis à la collectivité et aux syndicats d’avoir une communication commune, en disant ce qui avait bien fonctionné et ce qui avait été moins réussi, même chez les plus contestataires. À cet égard, Lyon estime avoir réussi à communiquer et accompagner le déconfinement (tests PCR, masques, plexiglas…) mais reconnaît avoir mal su gérer certains sujets, comme les congés.

Martine Courgnaud – Del Ry

Le télétravail permet de réaliser la valeur des relations sociales au sein de l’entreprise

Pour Marie-José Scotto, enseignant-chercheur, responsable du pôle d’expertise GRH, IPAG Business School, « la crise sanitaire oblige à une réflexion brutale sur le mode de management des organisations ». Le télétravail massif impacte la relation spatiale et « affective » au travail et teste la relation managériale. Il permet de réaliser la valeur des relations sociales au sein de l’entreprise. Les entreprises qui ont compris qu’elles représentaient une « communauté de destins » pourront saisir les opportunités de transformation durable. Ces transformations ne peuvent se construire que sur la confiance, notamment celle des collaborateurs entre eux et envers leur management, « génératrice d’engagement ». Des conditions qui permettront aux entreprises de « repenser des modèles d’organisation intégrant l’agilité et la flexibilité des process digitaux, couplées à de réelles pratiques collaboratives ».

Posté le 08/10/20 par Rédaction Weka