FONCTION PUBLIQUE : LES CONCOURS « TALENTS » DIVISENT LES SYNDICATS

Le Conseil Commun de la Fonction Publique (CCFP) a examiné lundi 22 février 2021 les projets de textes actant la mise en place, dès cette année, de la nouvelle voie d’accès réservée aux candidats d’origine modeste aux écoles de service public. Tous les syndicats n’ont pas émis un avis favorable sur le projet gouvernemental. 

Une réforme de l’accès à la haute fonction publique à vitesse grand V. Après avoir dévoilé ses mesures il y a dix jours tout juste, le gouvernement a présenté ce lundi 22 février son projet d’ordonnance (et son décret d’application) actant la mise en place à titre expérimental d’une voie d’accès réservée aux candidats d’origine modeste dans les concours de cinq écoles de service : l’ENA, l’INET, l’EHESP, l’ENSP et l’ENAP*. Des textes examinés en urgence par le Conseil commun de la fonction publique, l’exécutif souhaitant mettre en place dès cette année le nouveau concours externe spécial « Talents ».

L’examen de ces textes par le conseil commun n’a abouti qu’à une retouche à la marge du projet gouvernemental. La ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Amélie de Montchalin, a ainsi indiqué que le caractère diplômant des nouvelles classes préparatoires « Talents » allait être inscrit dans les textes. Si elle l’avait annoncé, cela n’était pas écrit jusqu’à alors.

La ministre a par ailleurs donné son aval à des amendements de la CFDT visant à renforcer le contenu de l’évaluation qui devra être réalisée à l’issue de l’expérimentation du concours « Talents », en 2024. Y seront notamment incluses les appréciations des élèves sur leur parcours. L’exécutif a en revanche refusé de relever le plafond de postes ouverts pour ce nouveau concours.

Vote contre de FO 

Le projet d’ordonnance du gouvernement n’a pas pour autant reçu l’aval de tous les membres du conseil commun. Les représentants des employeurs, la CFDT, l’UNSA, La FA-FP, la CGC et la CFDT ont voté Pour. La CGT, la FSU et Solidaires se sont abstenus. Seul FO a voté contre.

« Nous sommes d’accord sur le manque d’un manque de diversité de la haute fonction publique, mais la création d’un dispositif de recrutement qui distingue les candidats au regard de leur situation sociale contrarie le principe d’une égalité d’accès de tous les citoyens à l’emploi public », regrette son représentant Christian Grolier. Ce dernier pointe ainsi des mesures « partielles » et « partiales » : « Nonobstant son caractère expérimental, ce dispositif ne concerne que cinq écoles sur les trente-huit du Réseau des écoles de service public et relèvent de la seule filière administrative ». « On ne saurait réduire un débat politique et sociétal majeur à une annonce cosmétique sans portée flagrante », ajoute Christian Grolier.

« Tout n’est pas réglé »

« Le problème de la réussite ne réside pas seulement dans le problème d’intégration au sein des élites », ajoute Benoît Teste de la FSU, en regrettant que la problématique de l’égalité des chances n’ait pas été abordée dans son ensemble. « Collectivement, nous avons le devoir de ne pas décevoir le jeunes », ajoute Pascal Kessler de la FA-FP.

Si le projet d’ordonnance est un « premier pas important », « il ne clôt pas le sujet de l’égalité des chances », abonde Mylène Jacquot de la CFDT. L’occasion pour cette dernière de souligner qu’il « reste encore du travail à faire » sur le contenu même des concours, les formations et les parcours professionnels des hauts fonctionnaires. « Ce n’est qu’une première étape mais tout n’est pas réglé », renchérit Luc Farré de l’UNSA, soulignant la nécessité d’améliorer la réflexion sur la filière universitaire ou de renforcer l’attractivité de la fonction publique de manière à améliorer l’égalité d’accès à l’emploi public.

Au-delà, les syndicats regrettent le manque de temps qui leur a été laissé pour examiner le projet d’ordonnance relatif à ce nouveau concours « Talents » et son projet de décret d’application. Cette séance du conseil commun, « convoquée sous huit jours », « ressemble plus à une action de communication qu’à une réelle prise en compte du problème de fond », estime ainsi Pascal Kessler de la FA-FP. « Ouvrir la haute fonction publique est une chose, bien l’ouvrir en est une autre », abonde Gaëlle Martinez de Solidaires. Charge désormais au gouvernement de montrer l’intérêt du nouveau dispositif mis en place.

*L’École nationale d’administration (ENA), l’Institut national des études territoriales (Inet), l’École des hautes études en santé publique (EHESP), l’École nationale supérieure de la police (ENSP) et l’École nationale d’administration pénitentiaire (Enap).