UN QUART DES AGENTS TERRITORIAUX ÉPROUVERAIENT DES DIFFICULTÉS AVEC LE NUMÉRIQUE

Une enquête menée par la plate-forme d’évaluation des compétences numériques PIX révèle qu’un quart des agents territoriaux sont “en grande difficulté” avec le numérique et que les deux tiers d’entre eux n’ont pas le bagage suffisant pour exercer parfaitement leurs missions.

L’inclusion numérique est devenue l’une des priorités du plan de relance, mais qu’en est-il des agents publics territoriaux eux-mêmes ? C’est à cette question qu’a voulu répondre le groupement d’intérêt public PIX, en partenariat avec le Syntec numérique et Les Interconnectés, dont le forum, organisé le 17 mars, a été l’occasion de publier les résultats d’une enquête sur le sujet.

Cette enquête a été conduite en ligne lors du dernier trimestre de 2020 auprès 1 337 agents territoriaux, avec toutefois une surreprésentation des agents de catégorie A, issus de la filière administrative et des plus grandes collectivités territoriales. Les résultats n’en sont pas moins intéressants et révèlent une grande hétérogénéité dans la maîtrise du numérique, mais aussi un décalage saisissant entre le ressenti des agents et la réalité de leurs compétences.

Difficultés sur la gestion des mots de passe
et des données personnelles

Ainsi, 73 % des sondés ont assuré n’avoir été aucunement gênés par le numérique pendant le confinement. Alors même qu’après avoir réalisé les tests PIX, un tiers seulement des participants se montrent “autonomes” dans leur maîtrise des usages du numérique, tandis que deux tiers n’auraient pas “le bagage suffisant pour être en maîtrise sur l’ensemble des situations professionnelles pouvant être vécues sur un poste intégrant ou pouvant avoir une dimension numérique”, selon l’enquête.

Et surtout, pour un quart des répondants, le manque de compétences numériques représente un frein quotidien à l’exercice de leur métier. Les agents étaient invités à réaliser le diagnostic de leurs compétences sur une dizaine de thématiques : courriels, gestion des droits d’accès des documents en ligne, recherche de fichiers, compréhension de l’identité numérique, connaissance des risques liés aux cybermenaces, choix des mots de passe, protection des données personnelles, fonctionnement des réseaux sociaux, approche écologique de leurs pratiques. Sans trop de surprise, l’ensemble des agents semblent autonomes ou quasi autonomes dans la gestion de leurs courriels, documents et fichiers. Un peu moins sur les sources d’infection d’un ordinateur, et encore moins sur la gestion des mots de passe et des données personnelles, où le niveau oscille entre intermédiaire et débutant.

Les agents de catégorie A plus autonomes

Les résultats mettent également en lumière les écarts qui peuvent exister selon les catégories d’agents ou leur âge. Les agents de moins de 34 ans tirent leur épingle du jeu : 56 % d’entre eux sont autonomes, contre 27 % des 45-54 ans et seulement 18 % des plus de 55 ans. La part d’intermédiaires reste quant à elle assez stable selon les tranches d’âges, et c’est donc la part de débutants qui augmente considérablement en fonction de l’âge.

Les agents de catégorie A maîtrisent quant à eux mieux le numérique que les catégorie C. On compte en effet 47 % d’autonomes chez les premiers et seulement 23 % chez les seconds, tandis que la catégorie B se situe au milieu, avec 33 % d’autonomes. Des résultats qui se rapprochent de ceux constatés sur le périmètre des agents de l’État dans une enquête menée en partenariat avec Acteurs publics. Avec toutefois un avantage aux agents de la fonction publique d’État, plus nombreux à avoir un niveau “avancé” ou “indépendant” (les niveaux retenus pour l’enquête n’étaient pas tout à fait les mêmes).

Actions de formation

Pour PIX, ces résultats permettent d’“aider les élus et les cadres de la fonction publique territoriale à identifier les besoins en formation des agents, préparer leur avenir professionnel en anticipant les métiers d’aujourd’hui et de demain grâce à une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences”. Interrogé sur le manque de compétences numériques des agents territoriaux lors de la présentation des dernières mesures de formation des aidants numériques, le secrétaire d’État à la Transition numérique, Cédric O, a rappelé que le plan de relance, via notamment la partie déconcentrée aux préfets de l’enveloppe réservée aux collectivités, servirait à financer des actions de formation et de montée en compétences des agents territoriaux.

Le secrétaire d’État a également annoncé que plusieurs travaux étaient en cours, d’une part avec le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) pour faire avancer la question de la formation des fonctionnaires territoriaux, et d’autre part avec l’Association des maires ruraux de France pour développer les compétences des secrétaires de mairie, “maillon indispensable du fonctionnement des petites communes”.

PAR EMILE MARZOLF
19 mars 2021
acteurspublics.fr
Image par Jae Rue de Pixabay