« IL FAUT FAIRE CONFIANCE, INFORMER, EXPLIQUER, RASSURER … ET NON PAS MENACER ET LICENCIER » YVES VEYRIER

Yves Veyrier, invité de la matinale de RMC ce lundi 9 août 2021, revenait sur les propos du ministre de la Santé, Olivier Véran, sur le droit de grève, le passe sanitaire et l’obligation de vaccination des personnels soignants.

Rémy Barret  : Si je ne me trompe Olivier Véran n’a pas retiré ses propos ?

Yves Veyrier : Non je n’ai pas entendu qu’il avait retiré ses propos. Maintenant, ce qui nous a fait réagir, c’est, effectivement le fait qu’on peut entendre dans son propos, une forme de remise en cause du droit de grève. J’espère que ça n’est pas le cas ! C’est pour cela que j’ai pensé utile de réagir immédiatement. FO n’a pas appelé à la grève. C’est un recours ultime pour les salariés. On ne fait pas grève par plaisir et surtout pas, par loisir ! C’est aussi cette façon de s’exprimer qui n’est pas acceptable. Le droit de grève est un principe constitutionnel, c’est un principe au niveau international lié à la liberté syndicale. Je suis moi-même vice-président du comité de la liberté syndicale à l’organisation internationale du travail et depuis 15 ans je défends partout dans le monde l’exercice du droit de grève. Encore une fois, nous ne sommes pas des gréviculteurs comme on l’entend parfois mais quand nous n’avons pas d’autre possibilité de nous exprimer, le droit de grève en entreprise est un droit fondamental.

RB : Pour revenir à la vaccination obligatoire des personnels soignants, est-ce que la colère d’un certain nombre de personnels, l’opposition est toujours aussi forte aujourd’hui ?

YV : Les personnels soignants sont les premiers concernés et sensibles aux questions de santé et de santé publique. Ce sont eux qui sont au quotidien des conditions plus que difficiles. Nous le disons depuis très longtemps. Il y a un manque de personnel, des conditions de travail qui ne sont pas toujours satisfaisantes, loin s’en faut, des métiers durs physiquement, psychologiquement… Ils sont sur le pont, en particulier, depuis cette pandémie. Ils sont évidemment sensibles à la nécessité de se protéger du virus, pour eux-mêmes, pour les patients bien évidemment. La vaccination est aujourd’hui le moyen de se protéger, de protéger les uns et les autres du risque d’une forme grave, de réduire la propagation, donc ils y sont sensibles. Il aurait fallu plutôt parler de nécessité que d’obligation. Cette nécessité que l’ensemble des personnels soignants au contact de publics vulnérables soit vacciné n’aurait pas dû s’accompagner de la menace. Nous avons d’ailleurs bagarré, et nous avons obtenu, notamment au moment du débat au Parlement, le retrait du licenciement, et puis, avec le Conseil constitutionnel la rupture du CDD ou du contrat d’intérim. Informer, expliquer, rassurer, c’est ainsi qu’il fallait agir !

RB : Nous sommes dans le même état d’esprit avec le passe sanitaire. Vous êtes opposés à l’obligation du passe sanitaire parce qu’il aurait fallu d’abord convaincre ?

YV : On subit depuis plus d’un an et demi maintes restrictions de tous ordres, nous avons eu le confinement restez chez vous, il ne fallait plus aller travailler sauf dans les secteurs essentiels qui sont ceux à qui aujourd’hui, pour les salariés j’entends, les hôtels, cafés, restaurants qui sont au contact du public, dans les transports etc… on demande de se vacciner. A l’époque, on leur demandait d’aller travailler sans qu’il y ait toujours les protections nécessaires. FO a bagarré pour obtenir qu’on protège, en particulier, avec des parois de plexiglas les caissières. On se félicitait de l’engagement des salariés et là encore, ce n’est pas par la menace qu’il fallait agir. C’est pour cela que nous avons bagarré contre cette procédure de licenciement et de rupture du contrat. Il reste cependant la suspension du contrat de travail.

RB : Il reste la suspension du contrat de travail. Je voudrais vous faire réagir à ce qu’a dit la ministre du travail, Madame Elisabeth Borne, il y a quelques jours. Elle disait durant la suspension de ce contrat de travail en attendant que ce salarié se fasse vacciner, pas d’allocations chômages !

YV : Nous avons bien compris mais pourquoi en rajouter ? La ministre du travail devrait éviter de rajouter cette menace systématiquement. Je rappelle d’ailleurs que la ministre du travail porte une réforme de l’assurance chômage que nous avons combattu, que nous avons obtenu d’ailleurs qu’elle soit sanctionnée par le Conseil d’État. Les syndicats et notamment FO se sont mobilisés sur ce sujet. Le Président de la République annonce qu’il veut la faire revenir. Nous parlions précédemment du droit de grève, si le gouvernement s’obstine sur l’assurance chômage, sur la réforme des retraites, nous serons combattifs et la grève fait partie des moyens de combat si nous n’étions pas entendus.

RB : Vous connaissez la situation sanitaire dans notre pays. En France, les chiffres ne sont pas bons. Si on se met à la place du gouvernement, un nombre important de personnels soignants refuse de se faire vacciner aujourd’hui, en tout cas plus important que dans la population en général. On a encore une vingtaine de pourcent de français qui ne sont pas du tout vaccinés, qui n’ont même pas la première dose. Face à cette situation sanitaire qui se dégrade, est-ce qu’on ne peut pas comprendre un peu le gouvernement qui passe à la vitesse supérieure ? Oui, on peut regretter que ça soit par l’obligation mais au bout d’un moment, le virus, lui, n’attend pas, et il faut agir même si c’est par la contrainte ?

YV : Il n’y a pas de doute sur la nécessité de faire en sorte que la population, les salariés en particulier se fassent vacciner le plus rapidement possible. Ça c’est clair ! Nous avons bagarré pour obtenir des créneaux prioritaires pour les salariés au contact du public lorsqu’il n’y avait pas assez de doses pour se faire vacciner. Nous n’allons pas aujourd’hui changer d’avis, bien évidemment ! Il n’y aucun doute sur cet aspect des choses. Je vous informe au passage que nous avons été appelés à l’aide par la fédération de l’union générale des travailleurs tunisiens, un syndicat en Tunisie de la santé qui nous demande d’appuyer la fourniture de vaccins dans ce pays où ils en manquent dramatiquement. Cela étant, ce n’est pas vrai que la majorité des personnels soignants n’est pas vaccinée. La majorité des personnels soignants est vaccinée !

RB : Une part plus importante que dans la population française qui refuse quand même.

YV : Non ! On met les feux sur cet aspect des choses parce qu’on a parlé d’obligation vaccinale et que ces personnels n’ont pas compris que, tout d’un coup, une injonction avec des menaces leur tombe sur le dos alors qu’ils sont sur le pont dans des conditions difficiles, tout le temps, habituellement et a fortiori, qui plus est, pendant cette pandémie. D’un établissement à l’autre, la situation est différente. Selon que la direction, les médecins ont plus ou moins pris le temps, su expliquer, informer et rassurer eh bien les choses se passent différemment. Il y a déjà des obligations vaccinales qui existent pour les personnels soignants sur un vaccin qui, à l’époque avait fait controverse, l’Hépatite B, qui n’a pas soulevé de difficulté jusqu’à maintenant. Encore une fois, je suis convaincu que les personnels soignants sont les premiers sensibilisés à cet enjeu de santé publique. La question est la façon dont on s’adresse à eux. Il faut faire en sorte que tout un chacun soit convaincu du bien fondé de la vaccination. Ce sont les mêmes autorités médicales, scientifiques qui valident le vaccin, qui valident des traitements dont on se félicite quand ils viennent à bout de cancers difficiles qu’on ne savait pas soigner autrefois, de traitements du quotidien… Ce sont les mêmes autorités scientifiques. Il faut faire confiance, informer, expliquer, rassurer et non pas menacer et licencier !

YVES VEYRIER
Secrétaire général de Force Ouvrière