Les effectifs de la territoriale, hors contrats aidés, baissent de 0,3 % en 2015

Article publié dans la Gazette des Communes :

Les effets de la baisse des dotations se font sentir. Fin 2015, la fonction publique territoriale employait 1,88 million d’agents hors contrats aidés, soit une baisse de 0,3% par rapport à 2014. En prenant en compte les contrats aidés, dont les collectivités sont friandes, les effectifs ne croissent que de 0,1%.

Les derniers chiffres de l’INSEE sur les effectifs de la fonction publique sont tombés ce midi, et confirment ce que l’on pressentait depuis déjà un an ou deux en écoutant le discours des élus.

Hors contrats aidés le nombre d’équivalents temps pleins baisse de 0,3%, alors qu’il avait progressé de +0,8% en 2014 et de +0,9% en 2013. « Ces chiffres confirment nos craintes vis à vis des politiques d’austérité des employeurs. Depuis les années 80 et la décentralisation, les effectifs avaient toujours progressé. C’est le début d’une inversion de tendance historique », regrette Baptiste Talbot, secrétaire général de la Fédération CGT des services publics.

« Ces chiffres étaient attendus et n’ont rien de surprenant. Il y a eu beaucoup d’ouvertures de nouveaux services au cours des dernières années comme des crèches par exemple, et en 2014, il y avait eu l’effet de la réforme des rythmes scolaires ».

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Aujourd’hui ce n’est plus le cas, nous sommes donc dans une stabilisation », estime Philippe Laurent, président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, et maire (UDI) de la ville de Sceaux (Hauts-de-Seine, 20 000 habitants).

Pour sa part, Luc Farré, secrétaire général de l’UNSA Fonction Publique, constate que « l’effort d’économie budgétaire est partagé par les agents qui doivent assurer leur mission avec moins de collègues. La société française a besoin d’une fonction publique reconnue, ses missions peuvent évoluer mais il faut des agents pour les remplir ! »

95 000 emplois aidés

En 2015, les contrats aidés dans la FPT représentaient près de 95 000 équivalents temps pleins. Leur nombre continue à progresser, et d’ailleurs, les effectifs de la FPT croissent de 0,1% si on les prend en compte.

« On pourrait se réjouir de la hausse des contrats aidés car ils participent à l’effort d’intégration de personnes en recherche d’un emploi. Cependant il semble que ces recrutements soit une réaction des maires et des présidents face au resserrement de leurs budgets et à l’incertitude qui règne. Ce sont les personnels qui payent la raréfaction des ressources », souligne Claire Le Calonnec, secrétaire générale de la CFDT Interco.

Les syndicats craignent d’ailleurs que ces contrats aidés interviennent sur des postes à part entière en lieu et place d’agents. « Les employeurs ne sachant pas à quoi s’attendre dans les prochaines années en termes de recettes, ils ne sont pas enclins à recruter des emplois stables », ajoute Claire Le Calonnec.

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Craintes sur la qualité du service public

« On voit que hors contrat aidés, le socle des emplois permanents est fragilisé. C’est un signal inquiétant pour la qualité du service public délivré mais aussi pour les conditions de travail du personnel. Car si le nombre de territoriaux se stabilise ou baisse, la population française, elle, croît », explique Baptiste Talbot. Il craint que si les fonctionnaires ne sont plus remplacés, certains services soient assurés par le secteur privé…

Les syndicats aussi constatent une augmentation de la souffrance au travail qui se traduit notamment par une augmentation de l’absentéisme. Cette souffrance peut être imputée aux nombreuses réorganisations dans les intercommunalités et les régions, mais aussi au fait que les agents sont de moins en moins nombreux pour assurer leur tâche alors que la demande de la population est de plus en plus forte.

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Stabilisation des effectifs en 2016 ?

Il est fort probable que les effectifs n’auront pas augmenté en 2016 non plus. « Je ne pense pas que cette baisse va s’accentuer. On ne devrait jamais voir des -2 ou -3%. Il n’y aura pas d’effondrement », prédit Philippe Laurent.

Une position que semble partager l’Association des petites villes de France. Sa conseillère finances, Laurence Tartour, explique en effet que les non-remplacements ne peuvent s’effectuer que lors de départs, qui, dans les petites collectivités ne sont pas très nombreux. De plus, dans certains secteurs, comme le périscolaire, les normes obligent à avoir un certain taux d’encadrement.

Focus

Légère hausse dans les autres fonctions publiques

Dans la fonction publique de l’État, ont progressé de 0,1 % au global après une stabilité en 2014. Dans les établissements publics, hors contrats aidés, les effectifs augmentent de 0,7 %. Dans les ministères, on constate une forte hausse des effectifs dans l’Éducation nationale (+1,1 %) et la Justice (+1,2 %) alors qu’à l’Écologie, aux Finances et à la Défense ils baissent. Dans la fonction publique hospitalière, les effectifs progressent de +0,3 % contre +0,9 % en 2014.