RÉFORME DES RETRAITES : LES SERVICES PUBLICS À L’ARRÊT LE 7 MARS ?

Alors qu’une nouvelle journée d’action est prévue jeudi 16 février contre le projet de réforme des retraites, les syndicats se disent prêts à “durcir le mouvement” et à mettre “la France à l’arrêt dans tous les secteurs” à partir du 7 mars prochain.

Les syndicats veulent amplifier le mouvement de mobilisation contre le projet de réforme des retraites. Alors qu’une nouvelle journée d’action est programmée pour le jeudi 16 février, l’intersyndicale se dit aujourd’hui “prête à durcir le mouvement”. “Si le gouvernement et les parlementaires restaient sourds à la contestation”, les syndicats comptent ainsi appeler à mettre “la France à l’arrêt dans tous les secteurs” le 7 mars prochain – le mardi suivant la fin des vacances scolaires d’hiver pour toutes les zones – et donc également le secteur public.

“Nous continuons à dérouler le processus de lutte, qui doit en effet se traduire par certainement plus d’appels à la grève, affirme Céline Verzeletti, de la CGT. Nous déposerons des préavis de grève pour tout le mois de mars, mais l’objectif, au mois de mars, est bel et bien d’être le plus nombreux en grève avec des reconductions partout où cela sera décidé par les agents.” 

“Frapper un grand coup”

Après 4 journées de mobilisation depuis le 19 janvier, “si le gouvernement continue de rester sourd aux demandes des organisations syndicales et d’une grande majorité de nos concitoyens, nous serons contraints de durcir le mouvement pour [le] faire fléchir”, explique Nathalie Makarski, de la CFE-CGC. Benoit Teste, de la FSU, souligne que l’intersyndicale s’est “donné un peu de temps” pour convaincre que, le 7 mars, “il faudra frapper un grand coup et être largement en grève pour organiser une journée noire, non pas pour gêner qui ce soit, mais pour en montrer l’utilité à des travailleurs qu’on est en train de maltraiter”. Et de viser une grève “très majoritaire” ce jour-là.

“Nous appellerons clairement l’ensemble des agents publics à la grève et à la manifestation le 7 mars, et donc à mettre la France à l’arrêt, abonde Gaëlle Martinez, de Solidaires. Le gouvernement doit retirer son projet de réforme, c’est lui qui portera la responsabilité d’un pays à l’arrêt, y compris dans les services publics.” 

L’enjeu préalable du 16 février

Encore faut-il déjà réussir la journée d’action du jeudi 16 février, alors que la mobilisation s’est progressivement effritée dans la fonction publique depuis la première journée d’action contre le projet de réforme des retraites, le 19 janvier.

“L’Unsa Fonction publique renouvellera son appel à la mobilisation et à la grève pour le 7 mars, mais nous n’oublions pas le 16 février, qui doit marquer également la mobilisation”, indique son secrétaire général, Luc Farré. “La responsabilité est bien gouvernementale”, ajoute-t-il en réclamant de nouveau, comme l’ensemble des syndicats, l’abandon des mesures d’âge du projet de l’exécutif : le recul de l’âge légal de départ à la retraite (de 62 à 64 ans), qui concernera l’ensemble des travailleurs, fonctionnaires compris, ainsi que l’accélération de l’allongement de la durée de cotisation.

« Nous n’en sommes pas encore au 7 mars”, rappelle aussi Mylène Jacquot, de la CFDT, alors que l’intersyndicale a prévu de se réunir le 16 février en soirée pour décider des suites concrètes de la mobilisation et donc confirmer ou non son appel à la “mise à l’arrêt” du pays le 7 mars. D’ici là, “la balle est désormais dans le camp du gouvernement, à qui revient la responsabilité de rouvrir les discussions”, ajoute la syndicaliste. Mais, souligne-t-elle, “si nous devions arriver à un mouvement plus dur, nous le ferons, toujours en responsabilité, et la continuité des services sera assurée, notamment en santé”. 

Fermetures de services ou fonctionnement au ralenti

Quid, en effet, de la continuité des services publics le 7 mars en cas d’appel à la mise à l’arrêt de la France ? “L’arrêt du pays pour les services publics, c’est partout où c’est possible avec la fermeture de services ou leur fonctionnement au ralenti, lance Christian Grolier, de Force ouvrière. Nous avons néanmoins des obligations, comme la continuité du système de santé ou assurer la sécurité, avec des personnels qui n’ont pas le droit de grève ou sont soumis à des réquisitions.” “Mais pour des millions d’agents publics, ce n’est pas le cas”, ajoute le syndicaliste, en invitant tous les agents non soumis à de telles obligations de service minimum à cesser le travail et à “mettre en débat la reconduction de la grève”. 

La FA-FP “déposera si nécessaire un préavis permettant aux agents de l’ensemble des versants de prendre part à un arrêt général du pays dans le respect des droits et obligations des agents publics”, abonde le président de ce syndicat, Pascal Kessler. “On pourrait aussi imaginer des moyens permettant à des agents d’exprimer leur solidarité avec leurs collègues grévistes tout en assurant la continuité du service”, développe-t-il.

L’optimisme semble en tout cas rester de mise parmi les organisations syndicales quant à la suite de la contestation. “Le mouvement sème le doute dans la majorité et au gouvernement, affirme Benoit Teste, de la FSU. La perspective de victoire est réaliste si nous parvenons à monter en puissance.” Le syndicaliste ne néglige pas pour autant “les risques de retournement de l’opinion en cas de perturbations importantes”, notamment le 7 mars, mais ces risques, selon lui, “ne sont pas les plus probables. Le plus probable, vu le niveau de contestation de la réforme, est que la colère contre un gouvernement sourd aux revendications s’amplifie encore et que la situation de blocage soit attribuée au gouvernement”.