RÉFORME DES RETRAITES : VERS UN DURCISSEMENT DE LA CONTESTATION DANS LE SECTEUR PUBLIC ?

Le recours par l’exécutif au “49.3” sur le projet de réforme des retraites ravive la contestation dans la fonction publique. Les syndicats critiquent un “déni de démocratie” et appellent à une nouvelle journée d’action le jeudi 23 mars. Ils comptent sur un regain de la mobilisation chez les agents publics.

La bataille contre la réforme des retraites est relancée. Après la décision du gouvernement de recourir au “49.3” pour faire adopter (sans vote) son projet de réforme, les syndicats appellent à amplifier la contestation, y compris dans la fonction publique. Une nouvelle journée de grève et de manifestations est d’ores et déjà programmée pour le jeudi 23 mars, après des rassemblements locaux planifiés pour ce week-end. Dans le même temps, des motions de censure vont être déposées à l’Assemblée nationale contre le gouvernement Borne, qui joue aujourd‘hui sa survie.

Comme l’interprofessionnelle, les syndicalistes de la fonction publique ne manquent pas de mots durs pour critiquer le recours au “49.3”. « Son utilisation est une nouvelle fois la révélation d’un mépris et du déni du gouvernement et du président de la République pour les positions exprimées tant par la population que par les organisations syndicales face à cette réforme”, souligne ainsi Gaëlle Martinez, de Solidaires. “Il y a une forme de déni de la démocratie à ne pas aller au vote sur un projet de loi qui impacte directement les Français en les obligeant à travailler plus longtemps”, dit de son côté Luc Farré, de l’Unsa.

Un “49.3” qui ne passe pas

S’ils réclament toujours le retrait du projet de réforme, les syndicats contestent en effet en premier lieu ses mesures d’âge, et notamment le recul de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Une mesure qui concernera l’ensemble des travailleurs français, tous les fonctionnaires compris, qu’ils soient “sédentaires” ou de “catégories actives”.

“Cette situation est inédite, mais elle est surtout le signe d’un aveu de faiblesse terrible [de la part de l’exécutif, ndlr]”,poursuit Mylène Jacquot, de la CFDT. “Nous avions alerté à de nombreuses reprises sur les risques d’un passage en force avec le « 49.3 », c’était notre plus grade crainte, abonde Nathalie Makarski, de la CFE-CGC. La situation que nous vivons aujourd’hui est de la seule responsabilité du gouvernement, qui aurait dû entendre les organisations syndicales.” 

Au vu de “l’attitude du gouvernement, nous appelons à durcir le mouvement, renchérit Céline Verzeletti, de la CGT. Nous ne devons surtout pas relâcher la pression, bien au contraire”. L’intersyndicale de la fonction publique est en train de “s’organiser” pour préparer la mobilisation des prochains jours, indique-t-elle. “Mais il n’est pas impossible que nous appelions à de nouveaux temps forts dès le lundi 20 mars”, précise Céline Verzeletti.

Un rebond de la mobilisation attendu

“Nous appelons toujours le gouvernement à retirer son projet de réforme et à engager enfin le dossier dans le bon sens, faute de quoi la CFDT continuera de se mobiliser, renchérit Mylène Jacquot. Nous appelons à maintenir une forte mobilisation dans le calme et la responsabilité.” L’occasion pour la responsable de la CFDT d’appeler les agents publics à se mobiliser massivement à l’occasion de la journée d’action prévue le jeudi 23 mars. “L’heure est plus que jamais à la mobilisation”, appuie Gaëlle Martinez, de Solidaires.

Tous les syndicats l’assurent, le recours au “49.3” entraînera, selon eux, une relance de la contestation. Et de parier en ce sens sur un regain de la mobilisation, en particulier dans la fonction publique. L’enjeu est de taille, au vu des derniers chiffres de mobilisation, notamment chez les agents publics, où une chute du nombre de grévistes a été observée mercredi 15 mars, lors de la dernière journée d’action contre le projet de réforme des retraites.

Selon les données du gouvernement, seuls 3 % des agents de l’État ont fait grève ce jour-là. Idem dans la fonction publique territoriale. Dans l’hospitalière, le nombre de grévistes a atteint 7 %. Les syndicalistes misent désormais sur un regain de la mobilisation.